Le blaireau malade de la tuberculose : coupable ou victime ?

Hélène SOUBELET - Vétérinaire, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB).

Le blaireau européen (ordre des Carnivores, famille de Mustélidés) est une des quatre espèces du genre Meles avec (Meles meles, Meles leucurus, Meles canescens et Meles anakuma). En Eurasie, deux espèces meles et leucurus sont actuellement réparties de part et d'autre de la Volga : le blaireau européen, M. meles, est présent de la Grande-Bretagne à la Volga, tandis que le blaireau asiatique, M. leucurus, est présent de la rive Est de la Volga à la Russie extrême-orientale, la Chine et la péninsule coréenne (Proulx et al., 2016). Biogéographiquement parlant, les deux autres espèces sont également eurasiatiques : M. canescens au Proche-Orient et M. anakuma au Japon.

RÉPARTITION DU BLAIREAU EN EURASIE

La répartition actuelle des espèces est due à deux facteurs principaux, d'une part le réchauffement climatique de l'Holocène qui a profité aux espèces adaptées au chaud, dont le blaireau, qui ont vu leur diversité génétique augmenter et d'autre part, les pressions anthropiques (chasse, fragmentation des habitats, agriculture, pollution) qui depuis 10 000 ans ont entraîné le déclin de certaines espèces dont l'ours bruns ou le castor européen (Valdiosera et al., 2008 ; Horn et al., 2014). Néanmoins, les deux espèces de blaireaux n'ont pas connu la même évolution puisqu'une partie de l'aire de répartition de M. meles a été remplacée par celle de M. leucurus à l'Holocène tardif (Kinoshita et al., 2020), probablement en raison de la modification des ressources alimentaires et des espaces de vie, entraînant une augmentation de la taille de la population et de la diversité génétique de M. leucurus. Le climat en Sibérie occidentale est devenu plus frais et plus humide à la fin de l'Holocène, ce qui a entraîné l'expansion des forêts. Les zones forestières se sont également étendues dans les montagnes de l'Oural et les zones de steppe ont diminué. Or, si les deux espèces de blaireaux ont globalement la même alimentation et la même activité de recherche de nourriture, la différence est probablement due à leur capacité à digérer l'amidon contenu dans les graines et les baies forestières (et donc à s'adapter à un régime alimentaire plus végétal). Cette capacité est plus développée chez M. leucurus qui possède une à quatre copies du gène de l'amylase pancréatique, contre une seule copie chez les autres espèces de Meles. Cette adaptation avantageuse de M. leucurus pourrait également avoir contribué à l'élargissement de son aire de répartition.

LES DÉROGATIONS À LA PROTECTION EN FRANCE

Le blaireau européen (Meles meles) est présent partout en France métropolitaine, probablement depuis le début du Pléistocène. Adulte, il a eu peu de prédateurs depuis la disparition du loup. En revanche, ses petits peuvent être les proies des rapaces diurnes ou nocturne, des renards ou des chiens. Seuls les lynx chassent les adultes dans les régions où ils tentent de se réinstaller, notamment à l'est de la France. Aujourd'hui, le blaireau est d'abord victime des activités humaines, soit directement par la chasse, le piégeage ou les accidents de voiture, soit indirectement par la destruction de son habitat, les modifications du paysage induites par les pratiques agricoles et sylvicoles et la perte des ressources alimentaires.

Le blaireau est un animal assez mal connu et très mal aimé. Quoique non classé parmi les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts et protégé par la convention de Berne (annexe III), il est souvent listé dans les arrêtés préfectoraux de régulation. Ces dérogations utilisent deux arguments : la régulation à la demande de la profession agricole qui déclare chaque année des dégâts aux cultures imputées aux blaireaux et la régulation à des fins sanitaires. Les arrêtés dérogent donc à la protection pour autoriser la chasse, les battues administratives par tirs de nuits avec utilisation de sources lumineuses et les piégeages.

Environ 10 000 blaireaux sont ainsi tués chaque année en France. Lorsqu'en 2010 les services vétérinaires de Côte d'Or ont instauré une prime à la queue de blaireau, l'animal a été chassé dans toute la France de façon accrue et les queues de blaireaux ont afflué vers le département, le chiffre des 10 000 blaireaux tués a largement été dépassé.

LES DÉGÂTS AUX RÉCOLTES, MYTHE OU RÉALITÉ ?

Le blaireau européen est un omnivore au régime très varié, mais comme détaillé plus haut, il n'est pas adapté à un régime essentiellement végétal. Il se nourrit principalement de vers de terre, taupes, batraciens, insectes, mollusques, rongeurs, oeufs, fruits, blé, avoine, maïs au stade laiteux, charognes. Pour cette raison, il apprécie particulièrement les agrosystèmes et notamment les paysages de prairies et de bocage.

Selon l'avis du Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité, il n'est jamais spécialisé au point de causer de graves dégâts aux récoltes (CSPNB, 2016).

Le comportement fouisseur du blaireau est en revanche susceptible d'occasionner des dégâts, notamment aux digues et aux talus. Ce comportement dépend des individus selon leurs phases de reproduction, mais également de la disponibilité des ressources alimentaires (notamment les invertébrés du sol) et de la dimension du territoire (CSPNB, 2016).

On peut donc supposer que plus les conditions environnementales seront dégradées, moins le territoire sera grand ou moins les ressources alimentaires seront abondantes, plus le blaireau devra se spécialiser pour survivre et sera susceptible de causer des dommages localisés. Néanmoins, toujours d'après l'avis du CSPNB, aucune étude sérieuse ne permettait, en 2016, d'attribuer aux blaireaux les dégâts aux cultures et aux machines agricoles plutôt qu'au grand gibier (cf. encadré 2).

TUBERCULOSE ET BLAIREAUX : DES LIENS CERTAINS, MAIS MAL QUANTIFIÉS

Aujourd'hui, les sources d'infection par Mycobacterium bovis chez les bovins sont multiples et mal quantifiées. Le portage de la tuberculose bovine par les blaireaux et leur rôle de réservoirs pour cette maladie est une question bien étudiée scientifiquement mais qui reste la plus sujette aux controverses. Il faut tout d'abord préciser que Mycobacterium bovis est une souche bovine qui a émergé il y a longtemps (cf. encadré 3). Le succès évolutif de Mycobacterium bovis est lié au fait qu'il peut infecter et se transmettre très efficacement chez le bétail.

Depuis 2001, la France conserve un statut de pays déclaré indemne, mais ce statut est fragile car le nombre de cas (la prévalence) doit rester inférieur au seuil de 0,1 % du cheptel national.

Le statut européen « indemne de tuberculose bovine » a été atteint en 2000 après 50 ans de prophylaxie exclusivement ciblée sur les bovins. Les premiers foyers dans la faune sauvage sont connus depuis les années 70-80. Ainsi, le premier blaireau trouvé mort porteur de M. bovis date d'avril 1971 en Angleterre, (F. Moutou, comm pers., Cassidy, 2019) et ils sont toujours liés à des cas chez les bovins. Par exemple, en France les premiers foyers tuberculeux dans la faune sauvage en lien avec les contaminations de bovins ont été mis en évidence dans les années 2000 (chez les cerfs et sangliers de la forêt de Brotonne-Mauny en 2001, chez des blaireaux en Côte d'Or en 2009 puis chez des sangliers et des blaireaux et Dordogne en 2010).

En Angleterre, une étude sur l'infection des mammifères sauvages a confirmé des foyers chez de nombreux mammifères (blaireau, renard, hermine, putois, musaraigne carrelet, mulot à collier, mulot sylvestre, campagnol agreste, écureuil gris, chevreuil, cerf élaphe, daim, muntjac). Néanmoins, leur compétence respective (en tant que communauté de maintien de Mycobacterium bovis) reste mal évaluée et toutes ces espèces ne jouent pas le même rôle épidémiologique. Les résultats de cette étude suggèrent que le cerf est une source potentielle, bien que probablement localisée, d'infection pour le bétail.

Quoique le blaireau ne soit pas le principal vecteur de la tuberculose en France, différentes enquêtes épidémiologiques ont démontré une corrélation entre des positivités à la tuberculose chez les bovins et les blaireaux, confirmant les contaminations croisées entre les deux espèces. Comme le blaireau est très réceptif au bacille tuberculeux avec des comportements sociaux, notamment les batailles entre les mâles qui favorisent sa transmission, il a rapidement été considéré comme un des principaux vecteurs sauvages.

Cependant, aucune étude sérieuse n'a pu démontrer le sens de la transmission : c'est-à-dire si les bovins restent aujourd'hui le réservoir pour la tuberculose des blaireaux, comme ils l'ont été historiquement ou si les blaireaux sont devenus un réservoir pour la tuberculose bovine (cf. photo 1). Néanmoins, il est certain qu'à l'origine, les foyers tuberculeux proviennent des bovins en raison de la souche incriminée, Mycobacterium bovis. Par ailleurs, selon l'Anses (2019), aucun cas de persistance de l'infection chez le blaireau n'a été observé dans les zones où la tuberculose a été éradiquée chez les bovins, ce qui tend à penser que le blaireau n'est pas un hôte de maintien de la tuberculose dans le milieu sauvage.

L'ABATTAGE DES ANIMAUX SAUVAGES COMME MESURE DE GESTION

Le blaireau fait l'objet de techniques d'abattages condamnées par les associations de défense de l'environnement et la communauté scientifique depuis des années (cf. encadré 4) : noyade (par obturation puis inondation des terriers), déterrage puis la mise à mort à coup de pelles, mise à mort par les chiens de terriers.

Or, en plus du problème éthique que posent ces abattages peu respectueux, l'opération elle-même peut se révéler inefficace pour plusieurs raisons, par exemple la difficulté à avoir une estimation fiable de la taille de la population sauvage considérée (Miguel et al., 2020) ou encore les effets paradoxaux (mais classiques et bien connus) induits par la déstabilisation des groupes sociaux d'animaux sauvages. Dans le cas des blaireaux, cette déstructuration des populations favorise l'augmentation des déplacements, la colonisation de territoires plus éloignés et donc la diffusion du bacille tuberculeux (Pope, 2007).

En ce qui concerne la tuberculose, le seul cas intégrant dans les mesures de gestion une élimination des blaireaux et ayant atteint son objectif est la gestion mise en place en Côte d'Or à partir de 2009. En effet, après 2012, une régression des cas dans les populations sauvages et domestiques a été mise en évidence (Anses, 2019). Cependant l'efficacité relative de l'élimination des blaireaux dans le dispositif n'a pas été démontrée et les autres mesures de gestion, comme les mesures de biosécurité qui ont, elles, fait preuve de leur efficacité en Angleterre notamment, pourraient bien avoir joué le rôle le plus déterminant. Dans les analyses de risques faites alors (Anses), le facteur voisinage venait avant le facteur faune sauvage.

LA VACCINATION : UNE ALTERNATIVE CRÉDIBLE, MAIS ENCORE EN DÉVELOPPEMENT

La vaccination des blaireaux pourrait constituer une alternative prometteuse pour limiter les risques de contamination croisée entre blaireaux et bovins. Une équipe de chercheurs français et anglais (Lesellier et al., 2020) a mis en évidence une protection contre la tuberculose par l'administration directe d'au moins 2 x 108 unités de bacille formant colonies dans la cavité buccale des blaireaux. En revanche, dans les appâts avec consommation volontaire, l'efficacité de la vaccination n'a pas été démontrée (dans l'étude, moins de six blaireaux sur dix-huit ont se sont révélés efficacement vaccinés par cette méthode), ce qui pose un problème technique majeur à la mise en place de la vaccination des blaireaux contre la tuberculose, si tant est que cette espèce soit réellement la clé pour la diminution de la prévalence dans les cheptels bovins. Notons que la souche du vaccin humain BCG est une souche de Mycobacterium bovis.

LA GESTION DE LA TUBERCULOSE AU ROYAUME-UNI

Grace à des mesures sanitaires strictes : abattage systématique des bovins positifs aux tests cutanés obligatoires, restriction des mouvements des troupeaux infectés et surveillance dans les abattoirs, la tuberculose à Mycobacterium bovis a été quasi éradiquée à la fin des années 1960. Cependant, le pays a connu une recrudescence récente en provenance du sud-ouest de l'Angleterre qui s'est rapidement étendue, principalement en raison des mouvements de bétail hors des zones endémiques et des caractéristiques propres aux exploitations comme la non identification des bovins, la taille du troupeau, le repeuplement, ou le type d'exploitation.

Comme en France, une des mesures de gestion mises en place a été l'abattage des blaireaux, beaucoup plus nombreux qu'en France. Or, un essai randomisé d'abattage de ce mustélidé au Royaume-Uni (Randomized Badger Culling Trial), entrepris de 1998 à 2005, a donné des résultats contrastés :

- la prévalence de l'infection a augmenté dans les populations de blaireaux ;

- l'incidence de la tuberculose des bovins a diminué de 23 % dans les troupeaux de bovins à l'intérieur des zones d'abattage préventif sur plus de 100 km2, mais a augmenté de 25 % dans les zones entourant immédiatement les zones d'abattage.

L'explication avancée est que l'abattage réduisait en effet la densité de blaireaux, mais augmentait dans le même temps les déplacements des individus survivants, modifiant ainsi le réseau de contact au sein des populations. Par ailleurs, l'incertitude sur la taille de la population a joué sur l'efficacité de l'abattage. Il faut en effet atteindre une élimination de 80 à 100 % des individus pour que la mesure soit efficace et, dans le cas de cet essai, les abattages ont entraîné une diminution située entre 32 % et 77 % des populations.

En 2018, sous la pression populaire, notamment contre les méthodes d'abattage, le gouvernement a annoncé un abandon progressif de l'abattage des blaireaux au profit de leur vaccination. En septembre 2020, dans une lettre envoyée au premier ministre, des experts (vétérinaires, anciens conseillers du gouvernement, experts en faune sauvage, défenseurs du bien-être animal) et un député ont fait état d'une nouvelle étude qui démontre l'inefficacité de l'abattage du blaireau pour demander l'interruption de la délivrance de nouveaux permis d'abattage et la mise en oeuvre de méthodes alternatives de contrôle des maladies (Mc Gill, 2020).

Une nouvelle analyse des données de l'Animal and plant health agency démontre que :
- la prévalence et l'incidence de la maladie dans les troupeaux de bovins dans la zone d'abattage pilote du Gloucestershire étaient plus élevées après cinq années complètes d'abattage qu'avant le début de l'abattage ;
- alors que l'incidence de la tuberculose bovine a diminué dans une zone d'abattage pilote du Somerset et la prévalence dans les troupeaux de bovins est restée stable pendant la période d'abattage ;
- dans une zone d'abattage pilote du Dorset, la prévalence a augmenté de 20 % sur trois ans d'abattage.

Par ailleurs, seuls trois des 313 blaireaux abattus testés après leur mort en 2019 étaient positifs pour Mycobacterium bovis et de plus, l'un d'entre eux était infecté par une souche sans rapport avec celle des bovins (Klark, 2020).

Un autre problème soulevé pour expliquer cet échec est le biais des tests de tuberculination qui peinent à détecter tous les bovins positifs, laissant persister des porteurs sains et donc des risques de résurgence.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB), 2016, cohabitation entre blaireaux, agriculture et élevage. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/CSPNB%2020160601.pdf

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